Evolution du pêcheur en mer
| Avant les années 80-90 | Depuis les années 90 : |
2 grandes catégories
"traditionnelles" : |
Apparition du pêcheur moderne
(Essor spectaculaire de la pêche à la canne) |
| Les retraités (>80) |
Les estivants (<80) |
Les nouveaux estivants et les touristes |
| Principalement issus de la Marine de Pêche, Marchande ou Nationale |
Ils apprenaient la pêche grâce aux retraités...
(on ne s’improvisait pas pêcheur en mer) |
Explosion de la maison secondaire.
Développement des bateaux tractés.
Accélération de la vie :
« Tout, tout de suite » |
Historique
La pêche en mer traditionnelle (traîne) requiert un apprentissage difficile et long. Il faut apprendre ce que sont les marées, les coefficients, l’influence des vents, la force des courants changeants, la science du corps-mort et du mouillage, la maîtrise de l’annexe, les caprices du moteur in-bord et du hors-bord, la lecture des cartes marines, l’évolution du temps qui doit fixer les possibilités de sortie…
Il faut apprendre les marques jalousement gardées par les pêcheurs locaux dont il faut vaincre les réticences (il est tout à fait remarquable de noter que les cultivateurs de bord de mer ne pêchaient qu’à pied à l’occasion des grandes marées basses).
La véritable pêche à la traîne requiert l’éducation d’un nouveau sens qui s’apparente à la capacité des aveugles à reconstituer un univers au bout de leurs cannes blanches. Le pêcheur à la traîne sait lire le relief sous-marin du bout des doigts, il enregistre les contours palpés par le plomb qui doit toucher le fond et dont les heurts entraînent le relèvement immédiat de la ligne suivi par son filage.
Ce pêcheur doit connaître les coefficients auxquels il est possible de filer des casiers, des filets, comment caler ceux-ci à un angle précis…
Ce pêcheur s’expose à de nombreux risques et les journaux se font écho, hélas, régulièrement d’accidents mortels de mer le plus souvent dus à une connaissance insuffisante du milieu.
Il existe, bien entendu, une masse de paramètres non mentionnés ici mais le but de cette énumération est de bien montrer la complexité de la pêche traditionnelle.
Avant 1985 le gros bataillon des pêcheurs en mer en bateaux, non-résidents à l’année des bords de mer, est fourni par des estivants nantis, dirigeants, cadres supérieurs, professions libérales…
Pour ceux-ci la mer signifie la liberté, les joies saines de la baignade et de la plage pour les enfants et l’épouse.
Naturellement le style de vie des ces estivants pratiquant la pêche en mer est marqué, à l’année, par la pratique de ce loisir. Explosion du chandail marin qui se porte l’hiver à Paris, le caban et le pantalon à pont deviennent à la mode. Les casquettes de toile et de feutres conquièrent l’intérieur. Les cirés jaunes, comme ceux des équipages des chalutiers que l’on voit à la télé, sont indispensables à la garde-robe. Certaines coopératives maritimes ou boutiques laissent traîner des glènes de cordages goudronnés pour que l’endroit fleure bon. Les bottes bleues ou jaunes servent à ceux qui vont ramasser des champignons.
Pendant ce temps une frange de pêcheurs authentiques, souvent aux revenus trop modestes pour leur permettre d’acquérir le bateau de leur rêve qui doit permettre de gagner la liberté enivrante du large, pêchent des plages en surf-casting et des rochers avec les cuillers lourdes.
C’est par l’intermédiaire de ces derniers que la pêche en mer va évoluer. Un caractère remarquable, Ange Porteux, infatigable coureur de rocher symbolisera ce changement rendu possible par l’apparition des cannes carbone permettant des lancers plus lointains avec des cannes plus légères et plus maniables.
Les premières cannes de série seront commercialisées à petite échelle par la société Ragot. Elles sont montées à partir de blanks fabriqués par la très célèbre société Hardy d’Angleterre.
Des moulinets à bobines coniques, résistants, à fort ratio, viennent compléter ce nouveau matériel. Le Raglou, jusqu’alors utilisé par les pêcheurs de traîne, apparaît au bout des cannes grâce à l’utilisation des Buldo et Bulrag.
Malgré leur encombrement ces cannes (3m70/3m90) investissent les bateaux des plaisanciers les plus curieux. La pêche à la dérive, moteur arrêté, se répand. Le silence remplace le ronronnement perpétuel du moteur, l’économie de carburant est sensible quand le moteur est de faible puissance.
Le Big-Big (création Ragot/Ange Porteux), premier leurre de surface commercialisé à grande échelle, bouleverse les habitudes.
La pêche au leurre de surface est née et marque une rupture profonde dans les comportements.
Les conséquences de cette transformation n’ont pas été complètement appréhendées à ce jour.
Cet essai se fixe pour but d’apporter un éclairage sur les comportements des nouveaux pêcheurs et sur les conséquences économiques induites.
Le matériel et les techniques de pêche
| Du pêcheur traditionnel des années 70 |
Du pêcheur moderne (depuis 1980 -90) |
A la traîne : ligne à main, cadre de bois, tresse de 2m/m, Nylon de 50 ème, anguillons et Raglous, plomb de 300 g à 1 kilo ou de paravanes.
Pêche du lieu et du bar.
Aux appâts : d’autres pêchent à la main, au mouillage, les dorades et les tacauds. Il faut des appâts naturels, recherche coûteuse en temps.
Aux engins : nombreux sont ceux qui calent des filets et posent des casiers ou lignes de fond. Activité coûteuse en temps et imposant des horaires précis.
L’image de ce groupe vieillit en même temps que ses pratiquants trop peu remplacés. La transmission des savoirs se perd irrémédiablement. Peu de ces pêcheurs traditionnels passent à la pratique du lancer.
Les bateaux anciens sont en bois, ils sont repeints chaque année, mais ont de glorieuses cicatrices et une odeur de goudron et d'appâts "faisandés"
Une image statique et un peu ringarde s’attache à ce groupe (à tort pensons-nous !) |
Utilisation de cannes et de moulinets : Au vif ou aux appâts
Pêche de dérive
Canne et moulinet modernes
Nylon ou tresse |
Au lancer en dérive
Cannes courtes
Moulinets à enroulement croisé à fort ratio
Gamme considérable de leurres de surface, semi-plongeants, plongeants... |
L’image convoyée est jeune et dynamique, tout particulièrement en ce qui concerne les pêcheurs au lancer de leurres.
Ce pêcheur est respectueux des tailles légales de poisson.
Ce sport est propre. Le pêcheur comme le bateau restent propres et sans odeurs désagréables.
On emploie donc avec plaisir et fiereté
des beaux bateaux modernes...Résultat : tout est valorisant à l'inverse de l'image de" l'ancienne pêche" |
A partir de 1985 on observe une influence considérable des magazines halieutiques, en particulier de « La Pêche en Mer » à laquelle tous les journalistes et pigistes spécialisés "mer" les plus connus ont collaboré en orientant petit à petit la manière de penser de centaines de milliers de pêcheurs.
L’homme symbole de ce bouleversement : Jean-Claude Nicol, marin pêcheur reconverti six mois de l’année en guide de pêche sportive spécialisé dans la pêche du bar, au lancer, avec des leurres.
Pourquoi ce changement radical ?
Les mœurs : explosion de la maison secondaire, pouvoir d’achat en progrès, recherche d’activités de plein air, temps compressé, demande de satisfaction immédiate…
La pêche au lancer s’apparente en quelque sorte à la
pratique du golf : image dynamique du pêcheur en action permanente.
La technique : apparition du carbone, des tresses, des moulinets Hi-Tech, fort abaissement du diamètre des nylons à résistance égale.
Fiabilité des moteurs diesel, développement des ventes de hors-bord 4 temps.
Vulgarisation de l’emploi du
sondeur et du GPS. Sans effort le plaisancier sait où il se trouve de jour comme de nuit, par brouillard. Il marque ses coins de pêche, trace ses routes.
Les nouvelles méthodes de pêche : facilité de l’apprentissage, rapidité de la mise en pêche. La recherche du résultat n’est plus la condition essentielle. Le pêcheur moderne respecte les tailles minimales du poisson et l’environnement
La législation : la transformation des permis bateau. La symbolique barrière des 9,9 a disparu. Les cylindrées explosent. Aujourd’hui la moyenne des puissances des moteurs utilisée par les pêcheurs moderne se situe autour des 50 chevaux.
L’engorgement des ports : les mouillages accessibles se font rares.
La sécurité : Les pêches modernes en bateau comportent beaucoup moins de risque que les pêches traditionnelles. Le pêcheur moderne n’hésite pas à porter un gilet gonflable qui n’entrave pas ses mouvements. Contrairement aux pêcheurs qui posent des filets et des casiers le lanceur ne se penche pas au-dessus de l’eau.
NOUVEAUX BESOINS
Comme le plus souvent pour les tendances l’exemple vient du haut de la pyramide ! Une nouvelle élite fixe de nouveaux canons. Le pêcheur moderne ne cherche plus à s’approprier l’image du marin ligneur professionnel. Il crée sa propre image, ses propres règles. Certains professionnels ligneurs commencent à pêcher à la canne.
BATEAUX
| Bateaux de pêche "traditionnels" | Bateaux modernes "pouvant servir à la pêche" |
La qualité des bateaux de pêche des grands chantiers a augmenté de façon notable.
Ces bateaux sont plus finis, mieux motorisés, mieux équipés.
Ils permettent de garder plus de matériel à bord, de se tenir à l’abri.
Ils permettent la pratique de la pêche au lancer dans d’excellentes conditions, mais entraînent des contraintes lourdes aux pratiquants sans assez d’expérience.
Ils restent des valeurs fiables, intemporelles et ont su s’adapter aux temps nouveaux.
"Pêche-promenade" (voile et moteur)
Copies en plastique de bateaux traditionnels
Cabiniers « à la française »
Vedettes "de croisière" de conception ancienne |
Le bateau du pêcheur moderne n’est pas conçu pour la pratique du sport en exclusive, il est polyvalent...
Il permet aussi bien la promenade, la baignade, l’excursion, le ski nautique.
Caractéristiques : rapide, stable, plages dégagées permettant le lancer ou le farniente.
Ces embarcations calent très peu, s’approchent au plus près des plages, autorisent les dérives par faibles fonds, près des parcs ostréicoles, près des rochers.
Ils acceptent une forte motorisation symbole de liberté mais aussi rapprochement des coins de pêche qui tendent à s’éloigner des côtes. La sécurité y trouve aussi son compte, retour rapide au mouillage en cas de mauvais temps.
La gamme des unités offertes s’est élargie de façon stupéfiante.
Pneumatiques (pliables ou semi-rigides)
Canots plastiques (polyester ou polyéthylène)
Barques aluminium …
Coques open à console
Coques « walkaround » avec ou sans mini-cabine
Cabiniers semi-ouverts
Timoniers très rapides
Vedettes à flying bridge |
ACCASTILLAGE
EXPLOSION DE L’ELECTRONIQUE
Le pêcheur moderne utilise des aides électroniques beaucoup plus sophistiquées que le plaisancier voilier en particulier en ce qui concerne les sondeurs qui sont en fait de véritables centrales de détection.Sur un voilier le skipper se contente de la lecture des profondeurs d’eau sous la quille. Le pêcheur veut détecter les poissons, enregistrer un historique en marquant des spots, en mémorisant des routes. La température de l’eau lui importe et la connaissance de la vitesse sur l’eau et sur le fond lui importe au plus haut degré.
ANTIFOULINGS
La couleur des antifoulings devient importante. Le pêcheur moderne attache une grande importance à sa composition.
PORTE CANNES Accessoires indispensables qui permettent le positionnement des cannes pendant les trajets. Le nouveau pêcheur se déplace constamment.
VETEMENTS
Le code vestimentaire a évolué de manière stupéfiante, le phénomène n’a pas toujours été appréhendé à sa juste valeur par les fournisseurs traditionnels.Le pêcheur moderne pêche volontiers en chaussures bateaux et non en bottes, en jeans et en veste permettant des mouvements dégagés aux couleurs raisonnables. Le jaune classique utilisable sans inconvénient par le pêcheur de traîne est à bannir pour des raisons évidentes par le pêcheur de surface.Par temps de pluie la salopette est préférable au pantalon ciré et plus en harmonie avec l’idée branchée que le pêcheur se fait de lui-même.Il se doit de porter des lunettes polarisantes, indispensables pour une bonne pratique de son sport.La veste de quart servant à la pêche se porte en ville.
ARTICLES DE PECHE
A voir dans une autre setion du site : pour des raisons évidentes ce chapitre ne figure pas ici à l’exception des treuils.
TREUILS (downriggers)
Les treuils électriques équipent les bateaux désirant pratiquer une pêche sportive dans les grands fonds, de 30 à 200 mètres et plus. Pêche de découverte qui ne peut se pratiquer qu’à l’aide de moyen de relevage du plomb grâce à un treuil électrique.
Au moment de filer le plomb qui pèse plusieurs kilos le pêcheur pince le fil de son moulinet au-dessus du bas de ligne. La tension de la pince est calculée de telle façon qu’à la touche le fil se libère du câble reliant le treuil au plomb : ainsi le pêcheur travaille sa prise directement sur la canne sans être gêné par le plomb qui remonte plus tard à la commande. Cette méthode est très utilisée sur les grands lacs américains, canadiens et scandinaves. Il est fréquent de voir des open équipés de quatre treuils et d’autant de cannes. Technique sur le point d’exploser.
REGIONS
Chaque région côtière sait maintenant que la pêche doit figurer dans ses attraits proposés aux estivants ou touristes..
VOYAGES
Les techniques modernes de pêche en mer trouvent naturellement des champs nouveaux où elles s’appliquent avec bonheur dans le monde entier et en particulier dans les mers tropicales.
Besoin de soleil l’hiver, joies de la pêche intensive entre pêcheurs passionnés.
SERVICES
Multitudes de services concernés : assurances, communications, éducation, permis bateau…
CONCLUSION : Le "pêcheur nouveau est arrivé !"
La pêche évolue plus vite que son image. En effet certains ont encore en mémoire l’image d’Épinal du pêcheur traditionnel qui traîne.
Le pêcheur moderne :
- Utilise cannes et moulinets. Il dépense pour son équipement de pêche environ 300 euros par an.
- Utilise un bateau puissamment motorisé. Ce bateau doit pouvoir lui servir aussi bien pour la pêche que pour sortir en famille.
- Ne pêche pas vraiment pour se nourrir de son poisson. Il relâche volontiers ses prises si elles sont trop petites ou s’il a déjà pris suffisamment de poisson.
- Utilise un équipement électronique très poussé (GPS, sondeurs…)
La pratique de la pêche moderne nécessite beaucoup moins de connaissances que la pratique de la voile. Cette activité nautique est mieux adaptée aux citadins voulant passer des vacances sur l’eau qui n’ont plus de contraintes de marée (les courants), de direction et de force du vent (pétole) Ils sont sûrs de pouvoir revenir à l’heure au port et donc de ne pas rater le train du dimanche soir.
Ce pêcheur moderne utilise donc beaucoup son bateau grâce à sa facilité et à sa souplesse d'emploi .
Comme le dit Jean-Marc Lanchier (célèbre écrivain halieutique) après s’être essayé au pique-nique, à la ballade, au ski nautique… le plaisancier éprouve le besoin de trouver une nouvelle occupation pour son bateau et il se met naturellement à la pêche.
Et il conclut :
« La pêche est la plus belle excuse pour garder un bateau à moteur et, dans chaque famille, ramener des poissons à la maison est une fête qui fait pardonner l'achat d'un nouveau bateau ... quel qu'il soit ! »